mannequin-maigre

"Je trouve fou qu'on me définisse comme pulpeuse avec ma taille 36, j'ai peur que les femmes rondes le prennent mal..." (D. L. mannequin. Dans "Elle", février 2016)

Les mannequins ont un IMC entre 16 et 18. Comme moi ! La maigreur se situe en-dessous de 18. Mais j'ai déjà dit que le mot IMC est un bien vilain mot, à bannir de son vocabulaire....

Les comportements d'une anorexique se contredisent. C'est normal. C'est la maladie des paradoxes. Je vais vous raconter l'histoire d'une anorexique. Mon histoire mélée à celle d'autres anorexiques. C'est le mieux pour comprendre. J'espère que notre histoire servira, un jour, à aider quelqu'un.  

J'ai eu, le 9 septembre, mes premières visites de blog de gens venant par le TAG "anorexie". Je sais ainsi que mes mots ont une utilité. C'était l'objectif. Un des objectifs.

La malade n'a pas pour but de mourir mais plutôt un objectif d'une vie trop parfaite. Cette maladie s'installe insidieusement dans toutes les attitudes. L'anorexique maigrit un peu, beaucoup, de plus en plus. Des grands pulls informes pour se cacher. Des repas en décalé : "je mangerai après vous, je finis ma dissert" ou "j'ai déjà mangé, en fait, je suis calée"... Des ruses de sioux pour dissimuler.

L'anorexie touche 1 % de la population adolescente en France. On compte 2 500 cas nouveaux par an. 10 % des anorexiques sont des garçons. Sans doute bien plus : ils dissimulent encore plus cette maladie attribuée aux filles.

On la repère tardivement, quand le corps a déjà souffert des privations. L'anorexique avance masquée. Elle est une adolescente gaie, dynamique, mince, indépendante, bonne élève... l'amie idéale... qui pourrait se douter que tout va basculer ?

"L'anorexique bouffe tout, sauf ce qu'il y a dans son assiette." (E. 18 ans)

L'anorexique ne mange rien mais tout son univers tourne autour de la nourriture : elle ne pense qu'à ça. Sélective, elle élimine certains aliments qui la dégoûtent : les trop gras, les trop sucrés et aussi les trop lourds de sang... Ma "problématique végétarienne" date...

Les repas sont de plus en plus légers : un peu de salade, une biscotte, un yaourt blanc. Elle mange de moins en moins et se sent de mieux en mieux. La privation la rend euphorique. Les chiffres dansent sur la balance... Satisfaction : c'est la dégringolade. L'IMC dénutrition... Elle boit beaucoup d'eau. Elle fait beaucoup de sport. Trop. Elle est dans l'hyperactivité.

Lorsqu'elle doit s'assoir à table, enfin, elle mâche, remâche chaque bouchée. Elle trie dans l'asiette. Puis vide la moitié dans la casserole en faisant semblant de vouloir se resservir. Ou donne au chien. (Ah, il m'aimait, ce chien !)

Parfois elle vomit ou vide ses intestins aux toilettes. Se déteste de faire ça. Le mieux c'est de ne pas manger. Pour éviter ça.

"L'anorexie te shoote moralement et te rassasie physiquement." (V., 20 ans)

To eat or not to eat, that is the question ! C'est compliqué, une ado. Qui suis-je ? Que vais-je faire de ma vie ? Pourquoi suis-je laide ? Quelles sont mes valeurs ? Vers quoi me diriger ? Qui pourrait m'aimer ?

"Le sexe, ça me dégoûte. Une anorexique, c'est un esprit, pas un objet qu'on exploite". (J., 17 ans)

La bouffe, pour l'anorexique, permet d'envahir le psychisme : plus rien n'a d'importance à part manger ! Deux personnes se partagent le même corps et se renvoient la balle à coup de gants de boxe : celle qui veut croquer la vie et celle qui se recroqueville, refuse de manger et vomit la vie...

"T'es lâche, t'es faible, tu ne vaux rien, fais ce que je te dis (dit la seconde, tyrannique et froide) et tu verras tu te sentiras mieux. Je me sens mal. Chaque jour plus mal." (M., 16 ans)

L'anorexique cherche un idéal : un esprit pur qui dépasserait le physique. Elle veut maîtriser son corps. C'est tellement difficile à vivre, les changements d'une ado. Source d'angoisse. On se sort de ça en maîtrisant : la guitare, l'informatique, le sport, la vitesse... L'anorexique, elle, veut maîtriser la nourriture. Elle lutte pour sa vie, défiant la mort sans la désirer.

Les anorexiques sont faciles à embarquer dans des sectes. Ces dernières leur permettent de court-circuiter leurs pensées : se faire "inséminer" une idéologie pour ne plus avoir à se poser de questions.

Elles sont des cibles privilégiées pour entrer dans l'engrenage des drogues. Oublier le mal-être. S'éloigner du monde réel. Des sensations fortes pour gommer les sentiments.

"Anorexie... Honte. Peur. La bouffe est mon ennemie. Je ne vaux rien." (P. 17 ans)

 

À suivre...