ContedeFeeModerne

                                        Petit conte de fée moderne...

La passion du début s'émousse. Le rythme amoureux est passé de la samba endiablée à la valse, puis au slow, very slowly...

Le temps a bâti des forteresses entre toi et ma peau. On est aux portes du divorce : toc, toc, ouvrez-moi la porte, je vous en supplie...

Tu ne me regardes plus. Je deviens transparente. Je me sens grosse et laide. Ma robe me boudine.

Tu regardes les fesses d'autres filles que moi dans la rue. Tu ne me dis plus jamais que je suis sexy. On ne fait plus l'amour. Ou alors dans le noir, sans se parler, sans penser à l'autre. Vite fait. Sans plaisir. Sans amour. On ne peut plus appeler ça "faire l'amour"...

Je regarde aussi sur les côtés de la piste, du coup. Si un danseur me tend la main pour une danse caliente, je dirais quoi ?

Aux grands maux, les grands remèdes. Tu me proposes d'aller voir un psy, un thérapeute de couple. Tu me l'imposes, plutôt. Le soigneur de couple est un homme. J'aurais dû le choisir moi. Je le sens pas, ce rendez-vous, je le sens pas !

Il nous reçoit dans son cabinet. Je regarde la déco. Minimaliste, on se croirait dans un hôpital. Je m'attendais à des posters de kamasutra sur ses murs. Des sculptures de corps nus enchevêtrés. J'ai envie de rire. Mince, je ne suis pas concentrée, je ne l'écoute pas. Je te regarde du coin de l'oeil, tu as l'air captivé. Il est jeune, pas mal, le psy. Vous devriez peut-être repartir tous les 2... Je me contiens de rire.

J'ai envie de prendre l'air, là et de fumer une cigarette dans le jardin. Je m'en fous, je le dis : "Excusez-moi de vous interrompre, je sors 2 minutes fumer une cigarette, je reviens."

Le psy dit alors : "Bonne idée, allez tous les 2 discuter 5 minutes au fond du jardin, près de la fontaine, beaucoup de couples ont résolu leurs problèmes ici."

Zut, j'aurais voulu être seule. Quel abruti, ce psy, il manque de psychologie et de bon sens, il n'a pas vu que j'avais besoin de respirer, seule...

Nous marchons en silence dans un jardin tout en longueur.  Au fond du jardin, nous découvrons une fontaine. Peu profonde. Transparente. Des pièces renvoient un reflet argenté.

"Oh, une fontaine magique ! On fait un vœu ?" dis-je, brusquement enthousiaste.

"OK, j'y crois pas, moi, à ces trucs de bonne femme, mais si ça te fait plaisir..."

Je sors une pièce, je fais un vœu et je me penche pour la jeter. L'eau de la fontaine est devenue sombre. Je ne vois plus le fond. Ma pièce met très longtemps avant de tomber, comme si une force invisible avait augmenté la profondeur. Cela me trouble, j'ai des frissons qui me parcourent le corps. Je sens mon être vibrer. Je n'arrive plus à articuler un mot. J'ai froid. Vraiment froid.

Mon mari resté plus loin écrase son mégot du talon, sort une pièce et se rapproche de la fontaine. Il se penche, se penche de plus en plus, se penche beaucoup trop... Il tombe dans la fontaine. Silencieusement. Sans un cri. Sans un mouvement de recul. Il met très longtemps à tomber... Il ne tente pas de remonter, j'en suis sûre. Une force invisible l'aide à rester au fond.

Je reste pétrifiée un moment. J'ai l'impression que mon cœur s'est arrêté de battre. Je prend une brusque inspiration, ma poitrine est douloureuse d'oppression, comme si j'avais oublié de respirer trop longtemps. Je respire à pleins poumons et je ressens une douce chaleur inonder chaque centimètre carré de ma peau. Je souris doucement.

Soudainement, je pars dans un éclat de rire incontrôlable : "Tu n'y croyais pas mais tu vois, ça marche, mon vœu est exaucé !!"

 

                                                Plouf, plouf 

                                     Formulette d'élimination...

 

             (toute ressemblance avec des gens de la vraie vie serait purement fortuite)