100m-haies

 

                 Salut, toi !

Oui, je commence souvent comme ça quand je m'adresse à quelqu'un que j'aime bien. Et je t'aime bien, toi, mon ventre. Enfin, pas toujours. Toi et moi, c'est une longue histoire.

Une histoire qui commence à la puberté, où j'ai appris qu'il se passe de drôles de choses, dans toi, mon ventre. Et que c'est ça qui me fait saigner. Et que ça va être comme ça tous les mois, toute ma vie, enfin jusqu'à la ménopause, mais ça me paraît loin, là. Ah mince, ça fait un choc, quand même. Puis ça donne mal à toi, mon ventre, mal à l'âme, envie de pleurer sans arrêt. Le syndrome pré-menstruel (SPM)... On apprend ce mot bien plus tard...

Mon ventre, tu fais saigner, donc.

Je t'apprivoise, la bestiole, et je découvre que sous la peau de mon ventre, il y a des trucs. Et que ça fait un joli dessin, avec des petits creux et des petites bosses, qu'on appelle des muscles. Une tablette de chocolat ! Quelle comparaison stupide, le chocolat, tout le monde sait que ça ne dessine pas les muscles...

Mon ventre, je dois te muscler, donc.

Puis je découvre qu'au delà du sang et des muscles, il y a des petits frissons qu'on appelle le désir. Puis qu'il y a du plaisir, aussi, par là, quoi... Je découvre qu'il y a la peur, aussi. Peur que cela ne saigne plus et qu'un petit bidule inconnu pousse à l'intérieur... Alors j'apprends le mot "contraception", il y a un "tra" à rajouter à "conception".

Mon ventre, je dois te maîtriser, donc.

Je découvre aussi que toi, mon ventre, tu bouffes. Tu bouffes. Tu te remplis et tu te vides. Pi que t'es trop présent, trop là. J'arrête de te remplir, pour que tu disparaisses, toi et ton lot de douleurs, d'angoisses... Bonjour, Miss Anne Orexy, me voilà devenue ta pote, c'est cool !

Mon ventre, tu dois manger, donc. Ou pas.

Un jour, un haricot magique grandit dans mon ventre. Je pose les mains sur mon ventre et j'ai de la chance, un autre pose ses mains, aussi. Je découvre un truc que je ne connaissais pas. Une sérénité, une angoisse, un bonheur et un objectif : devenir maman. Mon ventre, tu grossis, grossis. Quelle horreur, quand même. La thyroïde s'emballe puis décide de faire grève mais on ne le sait pas. 17 kilos en plus sur la balance. Je suis grosse de partout, c'est horrible. Tant pis, c'est pour un bébé. Mais ça fait mal au coeur, quand même. Jusqu'à ce que le bébé arrive enfin. Ce jour-là, je sais que rien ne sera plus comme avant. Parce qu'un petit être est là, qui s'endort après la tétée. Paisiblement. J'en pleure de bonheur. Pi de douleur, aussi, j'ai tellement souffert pour qu'il arrive, ce petit bidule...

Mon ventre, tu donnes la vie, donc.

Mon ventre, je dois t'effacer, te nettoyer, te laver de tous ces kilos de grossesse. Je te malmène à nouveau, mais rien n'y fait. C'est un ORL qui découvre le souci de thyroïde : c'était donc ça, ces kilos pris sans manger beaucoup... Un traitement, mais si long, avant de faire de l'effet. Mon ventre, tu garderas des stigmates de cette enflure subite. Ces rondeurs monstrueuses. Parce que c'est comme ça que je les vois. Mais par moment, je m'en f... Un petit bidule en est sorti et c'est le plus beau cadeau de la vie.

Un deuxième petit bidule en sortira, trop vite, trop tôt, pas le temps de prendre du poids, désolée, perfide thyroïde, tu ne m'auras pas. Pas cette fois.

Mon ventre, tu dois te refaire une beauté, donc. Il est long, le chemin pour retrouver un ventre musclé, comme celui d'une athlète. Encore un petit effort à faire, mais tu vas voir, mon ventre, je vais y arriver. Ou alors, un jour je t'oublierai.

Un ventre de femme c'est ça. Pour beaucoup d'entre nous.

C'est là où se trouve le feu, le sang, l'angoisse, le désir, le complexe, la violence et la honte parfois. Mais aussi la vie. Et l'amour aussi.

Salut, toi, restons potes, tu veux?!