Truc de fille restée trop maigre : ne jamais se peser au réveil.

Se peser après le petit déjeuner ou le soir, et jamais nue. Toujours ça de pris, quelques centaines de grammes en plus.

Hier soir, après le repas, habillée, je suis montée à 46,8 kilos, chouette !

Quand j'étais enceinte de mon premier enfant, personne n'a rien compris, je mangeais peu (enfin, de façon normale, pour moi) et j'ai pris 17 kilos en 9 mois ! Je suis alors passée de 46 à 63 kilos. Je ne me suis jamais sentie aussi grosse, n'ayons pas peur des mots. Grosse du ventre, grosse des joues, grosse des fesses, grosse de partout... Moi, je me sentais grosse... Même mon âme était grosse. 17 kilos sur une fille qui peut faire le tour de son poignet avec l'index et le pouce de l'autre main, ça fait beaucoup.

Le pire a été les regards condescendants (j'aime bien ce mot, là !) de mes collègues-enceintes à la "préparation à l'accouchement". Le jour où chacune devait donner son poids avant / après, je me suis sentie rougir sous les regards... Je restais - de loin - la plus mince. Je les trouvais grosses, ce n'est pas politiquement correct de le dire, je sais. Mais le pire, c'est qu'elles, elles ne me trouvaient pas grosse. Elles étaient toutes d'avis que je devais les garder, ces kilos... Non mais ça va pas la tête ? Les hormones leur chamboulaient les neurones, ou quoi ? On a su bien plus tard que la thyroïde était en panne, d'où cette prise de poids horrible à mes yeux...

J'ai quand même passé outre pour faire un deuxième enfant, mais la peur au ventre... Dieu de la Maternité, pitié, ne me donnez pas encore des kilos montrueux... Bah non, pas le temps d'en prendre : la grande prématurité a du bon (cynisme détecté, attention !)...

     

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J'ai commencé la lecture du livre "Le ventre vide, le froid autour" écrit à dix mains par Lucie, Véronique, Claire, Anne-Laure et Aurore. Elles racontent leur enfer, engluées dans les troubles alimentaires. Elles mettent des mots sur la douleur et l'euphorie de la maîtrise de soi, le déni de la maladie, l'impossibilité de communiquer, l'effondrement.

 

Lucie :

"L'hôpital... un service nous est dédié, à nous, droguées du rien et du trop-plein."

"Comme les miettes d'un rien, qu'un coup de vent pourrait bien emporter... Peut-être même un léger souffle."

"L'anorexie est ma pulsion de vie, une force intérieure immense, intense."

 

Véronique :

"Alors je me sers. Un peu n'importe quoi. Ce que je trouve. Un morceau de pain, du chocolat, du jambon... Je m'enferme dans les toilettes... je vomis tout : le travail, les rêves morcelés, les filles du bureau... Pardonnez-moi, mon père, je ne suis pas à la hauteur. Quand je ressors, la tête me tourne un peu. Mais je me sens légère." 

"Dès que je me regarde, je vois mon bureau, la fille qui avait tant promis à la vie et qui n'a été capable de rien."

"Je me suis consacrée à la Faim. Elle est mon refuge... Et vlan, six kilos de partis.... Je ne suis pas obsédée par mon corps. Je le vois toujours trop gros."

"Le jour où j'atteins 50 kilos... je suis enceinte... J'ai à présent une boule de vie à qui faire découvrir combien l'existence est belle... Mais je crains la Faim. Sa terrible séduction. L'illusion de force qu'elle me procurait."

 

Lire ces témoignages me permet de refaire le point sur mon vécu, sur mon ressenti, et sur celui d'autres qui sont venues, viennent ou viendront lire...

 

...La suite bientôt...