Je sais bien que mes sujets anorexie ne déchaînent pas les foules au niveau des commentaires, mais je continue le combat : parler c'est faire progresser la compréhension...

Je vous ai dit avoir commencé la lecture du livre "Le rien dans mon ventre, le froid autour"...  J'ai enchaîné avec les autres témoignages. Je m'y retrouve, souvent, avec les mêmes mots, les mêmes images, les mêmes souvenirs...

Le chemin est long, je sais à présent que mon passé m'accompagne, comme un sac à dos parfois trop encombrant, mais dont je ne peux me défaire. Je dois seulement continuer à avancer, la tête haute. Même pas peur.

Je me pèse quand même chaque jour, comme un réflexe, un geste indispensable. Absente de chez moi, ce geste ne me manque pas, je n'y pense même pas... enfin sauf si une balance me tend perfidement sa petite aiguille dans la salle de bain de mes hôtes, en sifflotant : "viens à moi, pèse-toi, pèse-toi, aie confiance"... comme le Kaa de Mowgli.

Entre "peser" et "penser", il ne manque que "haine"...

           

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Claire 

"Si jugement il devait y avoir, ils (mes parents) n'écoperaient d'aucune peine (...) j'aurais la plus lourde. Coups et blessures volontaires, tentative de meurtre à petit feu, abandon. Les chefs d'accusation sont nombreux... Alors comédienne, non. Meurtrière, peut-être."

"Pourquoi dit-on "cette fille est anorexique" alors que l'on dit d'autres "qu'ils ont un cancer" ? L'anorexie en soi n'est pas une identité..."

"Et dire, dire, dire tout ce que j'avais à vomir, à défaut de continuer ce tête-à-tête avec le frigo et la cuvette des toilettes."

"Je n'ai plus jamais mangé de viande en dehors des crises (de boulimie)..."

"Le poids n'est pas la guérison. La guérison, si tant est qu'elle existe, tient à une certaine acceptation de soi, de sa place, de son existence à travers ses choix et ses pensées, ses actes et son affirmation d'Être."

 

Anne -Laure

"Je suis une fille du vent, celle qu'autrefois on appelait Brindille. Je suis un oxymore, un palimpseste : je passe ma vie à supprimer les traces de celles que j'ai été, à forger une nouvelle identité sur les précédentes... De l'espoir au désir d'envol, j'oscille. Et quelquefois me perds."

"Mon désir de m'effacer a à son service des fêlures inconscientes... Remplumer un corps n'apaise en rien l'esprit."

"Mais mange, ça ne va pas te tuer ! Difficile de faire entendre que manger me tuait."

"Reconstruire un corps aux dimensions éthérées, minimales, pour passer inaperçue et pour accorder le corps au diapason de mes sensations... Dessiner et maîtriser mes contours, sentir la paroi de ma peau sur mes os, pour m'identifier. Pour me mettre en sécurité, aussi... Je me sens encore toute petite, si souvent en dessous de tout."

 

Tellement de mots résonnent en moi à la lecture...

 ... à suivre...