Dans l'anorexie, on est à la fois la plaie et le couteau, à la fois le meurtrier et la victime... On est dans l'ambivalence envers les proches, on jongle entre "Laissez-moi en paix" et "Sauvez-moi de moi !"

Il faut réussir à passer du combat contre soi-même au combat contre l'anorexie. Passer de "presque morte" à "presque vivante". Relever ses manches, enfin pas trop, c'est moche, des bras tout en os...

 

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Toujours dans le livre "Le ventre vide, le froid autour", derniers morceaux choisis...

Anne-Laure

"L'anorexie alimente une haine profonde du charnel, dévore de l'intérieur, fait diversion en dissimulant la véritable douleur sous un corps repoussant qui hurle l'évidence de la souffrance."

"La nourriture est une drogue admise, en vente libre, omniprésente. Elle déclenche l'addiction, que ce soit pour le vide qu'elle comble ou le vide qu'elle affirme."

"Pour me reconstruire, peut-être me manque-t-il des parties de moi ?"

"Je caresse l'idée d'un possible retour à la vie, même avec ces bagages-là..."

 

Aurore

"J'ai été transparente avant d'être anorexique. Je n'ai fait que matérialiser l'image que l'on me renvoyait de moi. Je ne voulais plus peser sur personne et sur rien, à commencer par la vie, n'avoir aucune incidence. Aucun poids."

"Entourée de silence, j'ai dressé des murs - mon périmètre de sécurité - pour tenir le monde à distance. Je suis remontée sur la balance et je leur ai rendu mes couverts.[...] Je sautais des repas, je me sentais légère."

"Intouchable, inviolable, étrangère en ce monde. Je voulais qu'on me regarde comme celle qui vous glisse entre les doigts. Ephémère. Fragile et trop près du vide."

"Je me regardais partir sans vouloir me retenir."

"Aujourd'hui je crois pouvoir dire que ça va, j'ai repris du poids, j'ai retrouvé mes forces."

"Aujourd'hui je vis avec. Et je m'en sors assez bien."

 

Il faut dire l'indicible, donner du sens à ses fêlures, marcher vers la lumière.

 

PS : oui, je sais, j'exagère de parler de ces filles qui sont dans l'autodestruction, le "rien dans le ventre" alors que les gens font leurs courses pour le banquet de Noël... mais bon, je ne vous parle pas de la torture nécessaire à la fabrication du foie gras, sympa, non ?! Et je ne vous parle pas non plus d'un de mes Noëls à vomir mes tripes, mon âme et mon dégoût...