Personne ne peut deviner que certaines personnes sont des fantômes. On les voit rayonnantes, douces et belles. Un fantôme, on pense que c'est glacial, sombre, inquiétant.

Alors, comment ne pas se faire piéger ?

Nous ne le voyons pas mais ces personnes sont mortes. Et depuis longtemps.

Leur milieu ne leur a pas donné la sécurité affective nécessaire à la survie. Parfois, c'est comme une déchirure dans la construction de leur être.

Ces personnes sont recouvertes d'un grand drap blanc et errent dans les ruelles sombres de la vie.

 

Prenons le cas de M.

M a des périodes de non-vie. Il faut la stimuler pour qu'elle ne se laisse pas glisser vers le néant. Elle s'engourdit et se laisse aller vers la négation de la vie. Pas envie de se lever. Pas envie de s'habiller. Pas envie de quitter son salon. Pas envie de sortir.

Et ça lui arrive de plus en plus souvent, ces phases. Elle est devenue une intermittente du spectacle de la vie.

Par moment, M se réveille sous le baiser d'un Prince à peine Charmant, dont le cœur est ravi. Elle redevient rayonnante, éblouissante, heureuse et lumineuse.

Pourtant, c'est bien un fantôme qui a charmé ce Prince. Elle n'a jamais été complètement vivante mais on ne le voyait pas tant son fantôme faisait illusion.

Trois ans plus tard, aux yeux de M, le Prince est redevenu crapaud, l'or est redevenu boue, la vie est redevenue souffrance.

M a décidé de se laisser partir. Elle a donné la mort en ultime cadeau à son fantôme. Ce n'est pas M qui a été aimée, mais son fantôme. M n'a pas su tisser les fils de sa vie pour en faire une œuvre d'art. 

 

Prenons le cas de V.

Elle n'a pas su acquérir la permanence affective qui lui aurait donné le sentiment d'être aimable. Elle est arrivée à l'âge où les hommes ont commencé à s'intéresser à elle et s'est laissé attraper par qui voudrait bien d'elle. Certains hommes ont exploité son manque d'amour. Et parmi ceux qui l'ont réellement aimée, aucun n'a su pénétrer dans son univers psychique torturé.

Mais elle s'est bagarrée, elle s'est évadée de l'enfer. Son enfance fracassée, elle l'a découpée et mis dans de grands tiroirs, fermés à clefs. Elle a réussi à donner du sens à sa vie, surmonter les blessures, les transcender. On peut parler de résilience pour V.

Elle a su lutter contre le désespoir de son enfance pour arracher des bribes de vie et même des lambeaux de plaisir. Le tissu entrelacé de son existence offre le toucher d'un doux coton, malgré la maille de fer interne.

Mais le chuchotis de ses fantômes la perturbe encore, en particulier la nuit... Les fantômes essaient d'ouvrir les tiroirs...

 

Saule pleureur

 

       Prenez garde à ne pas trop secouer les fantômes, ils sont remplis de larmes.