(Je vous ai prévenus dès le début que je ne parlerais pas que de choses légères)

 

Comment fait-on pour soupeser une ombre ? Notre histoire personnelle est alourdie par l'ombre de nos fantômes.

On aimerait parfois se terrer à l'ombre pour ne plus avoir d'ombre...

(J'en profite pour t'adresser un mot, Kakushiken : si tu me lis, ton blog a disparu et mes mails reviennent "en erreur", j'espère que tu vas bien... enfin pas si mal...)

 

Certaines personnes choisissent la lumière pour enterrer l'ombre de leur passé...

"Je m'appellerai Niki de Saint-Phalle. Ce  cryptonyme traversera le monde et prendra sa place parmi l'humanité d'où j'ai été expulsée à l'âge de 11 ans quand mon père, que j'aimais tant, est entré dans mon lit. Je combattrai mon exil, je sculpterai des images de nanas au sexe ciblé, je donnerai chair à mon ombre et matière à mon trauma. Alors, ces créatures délogées de mon monde intime permettront à mon nom de devenir acceptable. Je réintègrerai le monde des humains avec la blessure dont j'aurai fait des œuvres d'art."

La petite fille se sent coupable, forcément. Elle tait ce qu'elle croit sa faute, ne veut en parler à personne. De toute façon personne ne la croirait.

Elle voudrait empor­ter son secret dans sa tombe, s’en­toure d’une armada de couteaux, de ciseaux, de rasoirs qu’elle cache sous son lit... Elle refuse d’en parler aux psychiatres qui la soigne­ront pour dépres­sion nerveuse, dix ans plus tard.

"Plus jamais, se promet-elle, on ne me fera souf­frir, flan­cher, chan­ce­ler. Je ne subirai plus la domi­na­tion d’un homme. J'ai failli écla­ter en morceaux comme une sculp­ture en terre mal ancrée sur son socle. Je serai indes­truc­tible, rebelle, indé­pen­dante."

 

            NanaDanseuseJaune (photo google)

 

                "J’ai guéri très vite quand j’ai commencé à peindre", dit-elle.

 

"Sans l’art, il y a long­temps que je serais morte, la tête écla­tée." Elle va même jusqu’à faire saigner la pein­ture, en tirant à la cara­bine sur ses toiles et en criblant de balles des poches de couleur. Un moment d’exal­ta­tion intense, jubi­la­toire. En peignant, en sculp­tant, en tirant à la carabine, elle a exploré les méandres de son âme et a sauvé la petite fille...

 

         Niki-de-Saint-Phalle (photo BoumBang)

 

                   Terrible et poignant exemple de résilience par l'art.