La M3Q, c'est la Maison des 3 Quartiers, un lieu qui reste teinté de magie dans mes souvenirs. On a formé une sacrée équipe !

 

Equipe

 

Vous l'avez compris, je réfute l'idée d'un "plus beau jour de toute la vie", parce que je veux laisser de la place pour le futur.

Il y en a eu, des chouettes moments, dans mon existence. La découverte de la fameuse amanite des Césars... Un fou rire avec ma sœur sur un parking désert, un soir de jour de l'An, à manger des beignets dégoulinants de sucre... La découverte en famille d'un véritable champs de trompettes de la mort en forêt... Une petite chouette posée sur mon épaule... Une grotte explorée à la bougie avec des copains... Des moments de tendresse avec mes enfants... Certaines rencontres... Une rencontre dans les Bois de l'An 2000... Deux nuits en pleine forêt avec un PUPC... Oui, il y en a eu, de jolis instants dans les tiroirs de mon existence. J'en attends encore. Toujours plus...

Je vais vous raconter à présent la M3Q, là où j'ai vécu les moments les plus forts de ma vie de l'époque.

Pour cela, je vais vous livrer un texte écrit il y a environ 25 ans. Je l'ai retrouvé dans un vieux cahier jauni que j'ai jeté.

 

"On se retrouve dans le hall, les sourires s'ouvrent en guise d'accueil, les bises claquent comme des bulles de savon...

On se retrouve autour d'un café, les cendriers s'emplissent en accéléré. On parle, on éclate de rire, les idées et les projets fusent.

On est lié par un fil de soie plus solide qu'une falaise : l'envie.

Cette envie qui nous fait nous diriger vers la salle de spectacle, immense, froide et sombre. C'est pour nous un lieu privilégié, lumineux, doux et violent à la fois.

Tout le monde se change, j'enfile un legging et un grand tee-shirt informe. Les plaisanteries coupent de temps en temps le silence.

Puis on descend dans l'arène, on s'échauffe, on réchauffe les muscles, on réveille l'esprit, on s'amuse, déjà...

Et la magie commence.

Devant la glace de la petite loge, les visages se transforment. Rouges à lèvres, fars à paupières, chapeaux, grimaces et sourires dans le miroir. Le regard des autres qui n'en est pas un...

Robes des sixtees, costumes, robes de soirée, tailleurs, chaussures à talons aiguilles (Jacques, il n'y aura jamais que toi pour m'en faire porter !), crinolines et foulards. Tout ça porte un vécu. Tout a été porté et reporté, ça sent le vieux, la sueur et la poussière.

Tout ça, magique... Magique...

Aujourd'hui je me sens belle dans certains regards. Pas juste jolie, mais belle. Avec une belle âme.

Sur scène, la beauté du comédien se révèle. Beauté d'un regard, d'une caresse sur la joue, d'un baiser ou d'une claque...

Sur scène, tout est vécu plus intensément que dans la vie. L'amour est plus grand. La haine est plus violente. La tendresse est plus intime. La joie est plus profonde.

De l'amour et de la communion passent entre nous, comme un fil invisible qui nous relie. Parfois, c'est dur. On a du mal à dépasser nos blocages, nos limites, nos censures personnelles et sociales.

Mais quelle puissance quand explosent nos larmes, nos rires, nos cris d'amour, notre rage de vivre, notre bonheur d'être là. Vivants. Plus vivants que jamais.

Ce spectacle, on le construit comme un refuge, on le creuse comme une tombe, on l'enfante comme un amour... Avec notre sueur, nos larmes, notre sang parfois, nos bleus, nos courbatures, nos rires, nos émotions, notre corps, notre cœur et notre âme...

Des gens viendront nous voir. Nous devrons affronter tous ces regards. Ces gens-là ne sauront jamais tout ce qu'il y a derrière, tout ce qui s'est passé entre nous et en nous.

Bien sûr, le visage de l'acteur apparaît derrière le maquillage, son cœur se devine derrière l'émotion du personnage, sa personnalité à multiples facettes se dévoile derrière son jeu, son âme transparaît derrière le masque...

Mais tout ça n'est qu'un jeu.

Un jeu de mômes, mais un jeu sérieux."

                                                 27 novembre 1992.

 

C'est là, à la M3Q, que j'ai rencontré le chemin de Jacques Develay, le metteur en scène qui m'a fait sortir de moi-même.

Jacques, je te remercie pour tout ça. Et surtout pour un certain jour. Ce jour où j'ai pu faire sortir de moi ma rage et ma révolte, ma colère et mon dégoût... Ce jour où j'ai fait pleurer 29 personnes.

Ce fût là une des journées les plus fortes de ma vie.