On dégringole au bas de l'échelle du glamour, après la dernière lettre osée à ma voluptueuse poitrine et mon illustre popotin...

Oui, aujourd'hui je t'écris à toi, mon nez.

Mais je ne vais pas vous parler de toi qui coule quand je pleure ou du nombre de mouchoirs jetables que j'ai utilisés ces derniers mois.

 

BoisN

                                               (Bois de Béruges)

 

 

Mon cher nez,

À vue de nez, tu peux reconnaître 10 000 odeurs différentes. Tu as cette fabuleuse capacité. Richard Axel et Linda Buck ont reçu le prix Nobel de médecine en 1991 pour avoir cerné tes mystères.

Tu es fait de deux narines tapissées d'une fine muqueuse constituée de 50 millions de cellules nerveuses qui piègent les odeurs. Mon nez, tu es subtil car incontrôlable : je n'ai pas de prise sur toi.

Pourtant, ça m'arrangerait bien, quand je suis dans les odeurs d'essence à la pompe, par exemple.

Je n'ai pas souvent eu quelqu'un dans le nez et je préfère ne pas avoir à te mettre, mon nez, dans les affaires des autres.

Oui, il m'arrive de ne pas te mettre dehors quand j'ai envie de me rouler en boule sans bouger...

Dans la vie, je me suis souvent cassé le nez et on m'a souvent ri à toi, mon nez.

 

Mon nez, toi et tes petits camarades, vous êtes un sens affectif. Certaines odeurs nous touchent, voire même nous bouleversent.

C'est l'histoire d'une femme qui a retrouvé le sac de sport de son mari mort depuis des mois, et qui se met à pleurer à l'ouverture parce qu'elle retrouve l'odeur de son amoureux... Ultime pied de nez.

C'est le bébé qui dès l'âge de 6 jours, peut distinguer l'odeur du lait maternel d'un autre lait. Oui, le bébé réussit ce test les doigts dans le nez !

C'est l'odeur du tabac qui nous indispose ou nous fait envie des années après l'arrêt de la consommation, ou celle des vieilles dames trop parfumées qui nous agacent et nous rappellent notre grand-mère à la fois...

C'est l'odeur du pain qui cuit dans mon four et qui me réjouit les narines.

C'est l'odeur de la forêt après la pluie.

C'est surtout l'odeur de ton cou qui me fait fondre, celle que je voudrais dans tous mes matins...

 

Mon nez, surtout, ne me fais pas le coup de l'anosmie : je ne supporterais pas de ne plus me sentir... Terrible affection qui donne une vie sans repères olfactifs... sans goût aux aliments... sans goût de la vie... sans goût à toi... 

 

J'espère que ça ne me pend pas au nez ! Bonne jour-nez à toutes et tous !