Je précise que dans mes "lettres", il y a une part plus ou moins importante - voire exclusive - d'irréalité... qui peut partir de la vraie vie... ou pas.

 

Danger

 

Lisa,

 

Tu as été une petite fille modèle. Une vraie petite poupée pour ta maman. Toujours bien mise, bien coiffée, bien élevée. Avec tes petites nattes bien serrées. Tu parlais d'une petite voix mielleuse, affectée. Tu ne disais jamais de bêtises, ni de gros mots. Tu souriais tout le temps.

Tu as comblé ta mère en faisant de bonnes études, en te trouvant un bon mari, en faisant trois beaux enfants bien propres sur eux, bien polis, bien sages.

Jusqu'à ce jour où tu as quitté ton mari et tes enfants. Brusquement. Tu es partie avec le premier homme qui t'a fait jouir. Le seul. Tu voulais vivre, enfin.

Lisa, tu as réalisé toutes les folies inenvisageables dans ta jeunesse. Tu as couché avec des hommes différents chaque soir. Tu t'es oubliée dans leurs bras musclés. Tu as bu. Tu t'es même droguée. Tu as voyagé. Tu as connu l'amour avec des femmes, aussi. Tu as ri aux éclats. Tu as dansé toute la nuit. Tu as vibré.

Tu as enfin "vécu".

Pendant ce temps, ta mère est morte. De honte plus que de chagrin.

Des années ont passé. 

Tu es tombée dans une profonde dépression. Tu as perdu le goût de la vie. Tu t'es bouffé les doigts d'avoir oublié tes enfants.

Tu es revenue.

Trop tard. Tu étais remplacée. Dans le cœur de ton mari, mais ça, tu t'en foutais. Mais dans celui de tes enfants, aussi.

Un jour, ils pardonneront. Un jour, ils comprendront.

Tu as mis du temps à comprendre, toi.

Ta mère te demandait de lui renvoyer l'image d'une "mère parfaite". Tu devais entrer dans le moule de la petite fille modèle. La perfection exigée était une cage dorée, qui t'a empêchée d'être toi-même.

Tu es revenue.

Tu vas commencer à vivre ta vie à toi, à présent. Ne pleure pas, Lisa, ta vie sera ce que tu décides d'en faire, à présent.