Certains s'en souviennent, j'ai raconté un jour l'histoire d'une fontaine magique, au fond du jardin d'un thérapeute de couple...

C'était ici : http://girlydivorce.canalblog.com/archives/2016/10/19/34450262.html

 

Cric, crac, j'ai plein d'histoires dans mon sac !

Écoutez-donc un peu cette histoire-là.

 

Un homme. Une femme. Une ville.

Il fait gris. Il fait froid.

Je plante le décor, minimaliste.

(Vous avez assez d'imagination pour visualiser le reste)

Madame fait la tête et traîne les pieds. Elle enfonce son cou dans le col de son manteau. Elle regrette d'avoir mis une jupe, elle est gelée.

Monsieur est content, il a réussi à la faire plier. Elle a accepté la séance de psy à la dernière crise où il a menacé de la quitter. Ils ne trouvent pas l'adresse. (Et si une sorcière l'avait fait disparaître dans la nuit ?) Le numéro est dans un renfoncement. Fausse joie.

Le psy ouvre la porte, il a la trentaine, un jean, des baskets, une queue de cheval, un air métis. Elle ne s'attendait pas à ce style. Elle imaginait un vieux type à lunettes et en costume élimé. Elle avait exigé que ça soit un homme. Une femme l'aurait sans doute mieux comprise, mais elle craignait que Lui reproduise la même chose qu'avant. Il était déjà tombé sous le charme de la psy de son couple d'avant, jeune et jolie (c'est malin de dire ça à son amoureuse) et de surcroît, divorcée... Bizarre, la psy qui sort du cadre professionnel pour annoncer qu'elle aussi divorce... et qui est si présente qu'ils échangeaient plusieurs mails par jour (mais non, chérie, c'est de la jalousie mal placée, voyons !)

Le cabinet du psy (pourquoi on appelle ça un cabinet ? Est-ce parce qu'on y remue la m... ?), c'est une pièce de son appartement. De l'encens, une lumière tamisée, une déco d'iguane en métal banale à pleurer, même pas un pauvre porte-manteaux, une table basse avec une boîte de kleenex. Le décor est planté. Minimaliste. Elle sait d'office qu'elle est là pour pleurer.

Et là, commence la séance. Défouloir pour Monsieur. Larmes pour Madame. Kleenex bienvenus. Elle en prend plein les oreilles. Elle se cache un peu derrière ses longs cheveux auburn. Elle les connaît, ses torts, pourtant. Mais Monsieur se gargarise devant le psy. On peut dire qu'il lâche tout. Oui, elle claque les portes de colère. Oui, elle l'a même traité de c... Il le répète au moins 4 fois. Oui, elle l'a mis à la porte de rage. Oui, elle a fait des erreurs monumentales. Elle est devenue un monstre à force de déceptions et de trahisons.

Elle garde en elle les horreurs qu'elle pourrait dire sur lui. Lui aussi l'a insultée, humiliée, abandonnée, trahie... Ils habitaient ensemble depuis quelques mois lorsqu'il a écrit en cachette à son patron, dans son ancienne ville : "je reviens !" Elle a réussi à le retenir, cette nuit-là... Elle n'aurait pas dû, sans doute.

Elle ravale sa colère, sa honte et son dégoût. Elle est sonnée. Elle savait pourtant qu'elle était conviée dans un ring de boxe.

 

Elle en sortira KO.

 

75 euros.

 (c'est Lui qui paie, heureusement).

Merci Monsieur le thérapeute de couple, au-revoir, au plaisir !

 

Elle a demandé en sortant s'il voulait y retourner. Lui, ça lui a tellement plu. Elle était prête à tout par amour. Même se faire à nouveau humilier devant témoin. C'est dire si elle tenait à lui.

Mais il a compris que ça ne servirait à rien sauf à se faire encore plus de mal... Remuer la boue nauséabonde de leur couple.

C'est un "ami" à Lui qui lui avait conseillé la thérapie de couple, un "ami" qui leur veut du bien... Il est juste maladroit, le gars. Alors qu'elle, quand elle est blessante, c'est intentionnellement. Évidemment...

 

Des mois plus tard...

Il fait beau. Madame sautille gaiement sur le trottoir. La ville lui sourit. Elle se sent légère, dans sa robe estivale. Elle a pourtant pris 10 kilos lors de leur séparation. Elle devrait se sentir laide et grosse mais même pas.

Elle est retournée, seule, chez le thérapeute de couple. Sans rendez-vous. Elle l'a surpris en train de fumer une cigarette à l'odeur bizarre qu'il a vite éteinte. Non, c'était pas de l'encens.

Elle lui a dit merci...

Bonjour, je tenais à vous dire merci. Grâce à vous et à un "ami bien intentionné" mon couple a explosé en miettes. Auriez-vous un balai ? J'en ai mis partout devant chez vous.

- Je ne comprends pas.

- Si, si, des morceaux du puzzle de mon moi, des miettes de notre couple et des larmes acides qui abîment le macadam. Tout ça, ça fait désordre sur votre trottoir, Monsieur le psy. Venez voir, je vous en prie. Vous devez constater l'état de votre trottoir.

Il accepte de la suivre...

 

 

doubs-en-crue-prs-de-Goumois

 

Elle le laisse passer devant elle en lui tenant la porte. Là, au lieu du trottoir, c'est un fleuve sombre et déchaîné qui charrie des tonnes d'immondices et de boue. Le courant l'emporte. Il sombre dans les eaux glacées.

 

Plouf, plouf !

 

Heu... où habite-t-il, déjà, cet "ami"... ?