Oléron

     

     Vous l'aurez constaté comme moi, le sang des menstruations est bleu dans les publicités, en France (une marque britannique avait franchi le cap... voire la péninsule... du rouge il y a quelques années).

     On est quand même à l'ère de Me Too ! Pourquoi ne pas assumer que c'est bien du sang qui coule tous les mois de notre intimité à moins d'être enceinte ? C'est là un processus normal, il serait donc normal de le montrer sans hypocrisie.

     J'espère que les mères, de nos jours, préviennent leurs filles que ce qu'elles verront un jour dans leur petite culotte ne sera pas bleu...

     Les règles ont toujours fait couler beaucoup d'encre (bleue).

     D'après l'ouvrage d'une ethnologue qui s'appuie sur les observations des folkoristes, le corps féminin est tout en ambiguïté : redouté et menacé à la fois. Le sang périodique produirait un écran protecteur face au péril des forces maléfiques. Lors d'une grossesse, le sang disparaissant, la femme serait plus exposée aux attaques.

     Les cycles seraient liés à ceux de la lune ainsi qu'aux événements météorologiques et calendaires. (Quand on cumule le syndrome prémenstruel que j'ai déjà évoqué, une rupture et une pleine lune, je peux vous dire qu'on n'est pas au top, mais c'est du passé, n'en parlons plus).

 

     L'ethnologue évoque les trois spécificités qui étaient réservées aux femmes.

     On retrouve :

  • "la femme qui aide" => elle s'occupe du linge, d'aider à "faire les bébés" (l'accouchement, la tétée) et "faire les morts" (la toilette mortuaire). Elle occupe une place centrale du fait de son contact avec les mystères de la vie et de la mort.

 

  • la couturière => elle "fait les jeunes filles et les mariées" mais bénéficie d'une réputation douteuse, étant elle-même rarement mariée du fait de sa mobilité professionnelle.

 

  • la cuisinière => elle connaît les pratiques culinaires garantes de la fécondité, notamment le breuvage fortifiant de la nuit de noces.

 

     La femme-esprit faible vient des préjugés bourgeois et de l'esprit clérical, les menstruations étant alors liées au péché. La paysanne possède la force morale et la vigueur physique, elle dispose du "relais des commères" au lavoir : puissance magique, connaissances en matières d'herbes et de remèdes, éducation des enfants et relation avec les prêtres. Elles sont tout sauf le sexe faible et ont le girl power ! (Ah, désolée, anachronisme de vocabulaire)

     Pour les rurales, le sang est moins impur que dangereux et il nécessite la mise en place de rituels de protection. D'où les protections périodiques (blague pourrie, pas pu m'empêcher...) !

     La fin des menstruations signe l'adieu à la féminité "normale" et là, les femmes ménopausées peuvent être qualifiées de sorcières... Elles passent de l'autre côté du miroir, celles qui ne peuvent plus donner la vie. Elles soignent humains et animaux, sont là pour les naissances et les morts. Concurrentes redoutables aux yeux des curés au XVIè siècle, elles n'affichent pas la docilité et la faiblesse attendues. C'est parmi elles que les magistrats chasseurs de sorcières choisissaient leurs cibles.

     Et avec tout ça, la publicité montre encore du sang bleu clair. Et bah non, les règles, c'est rouge sang. Il faudrait peut-être le leur dire...