Hier matin, j'ai fait la revue de presse à l'Unité Alzheimer avec un groupe de résidents, un peu perdus, dans leur vie...

     J'ai commencé par me présenter (une dame avec qui je venais de passer une heure et demi ne savait déjà plus qui j'étais). Une résidente octogénaire m'a demandé mon âge, je le lui ai dit et j'ai ensuite retourné la question : "Et vous ?"

     Elle m'a répondu 37 ans...

     Elle n'est pas restée avec moi parce qu'elle voulait être à l'heure pour récupérer ses enfants à l'école, dont un qu'elle allaitait encore, m'a-t-elle dit avec un grand sourire. Elle est repartie déambuler dans le couloir...

 

      O

 

     Une de ces résidentes est décédée il y a peu de temps. Elle était complètement éteinte à la fin, elle qui riait si souvent. Son rire cristallin souvent hors situation comique était un petit bonheur dans mes journées. Son mari l'a accompagnée jusqu'au bout avec beaucoup de courage. Elle ne parlait plus, il lui parlait et lui tenait la main pendant des heures. Lui et moi avons beaucoup parlé, cela lui faisait du bien, d'évoquer les difficultés mais aussi les bonheurs vécus avec elle.

     Cela m'a touchée.

     On a beau dire, on ne peut pas ne pas mettre de l'affectif quand on travaille avec des humains...

 

     (J'espère que le jour où je m'éteindrai il y aura quelqu'un pour me tenir la main).