J'avais prévenu dès le début de ce blog que je n'écrirais pas que sur des sujets légers comme une plume, mais aussi sur des sujets graves. Lourds. Pesants. Désolée, hein...              

                 BBx3TBU (photo msn.com)

 

Une agression sexuelle implique qu'il y ait :

- violence, menace, surprise ou contrainte (pression physique ou morale)

- attouchements, caresses de nature sexuelle ou viol (donc avec pénétration sexuelle de quelque nature que ce soit)

(Source : service-public.fr)

Certaines femmes parlent d'une agression alors qu'il s'agit d'un viol. Parfois, elles ne savent pas que la notion de viol peut recouvrir différentes formes. C'est aussi souvent parce qu'il est très difficile de dire le mot "viol" à propos de soi-même. Et encore plus difficile d'aller jusqu'à porter plainte.

Sur une année, en France, 84 000 femmes âgées de 18 à 75 ans et 14 000 hommes déclarent avoir été victimes de viol ou tentative de viol, selon une moyenne établie sur la période 2010-2015. Or, par exemple, seules 10 461 plaintes de femmes et 1 655 plaintes d'hommes ont été déposées entre novembre 2014 et octobre 2015.

Ces chiffres sont alarmants. Effrayants. Consternants.

Selon une enquête INSEE-ONDRP :

- 10 % des violeurs seulement sont des inconnus.

- 37 % des viols sont perpétrés par le conjoint.

- 17 %  par quelqu'un d'autre qui vit à la maison.

- 36 % par une personne connue mais qui ne vit pas avec la victime.

 

D'après Michelle Perrot, historienne et militante féministe : "il y a toutes les raisons de penser que le viol a toujours existé". De tout temps, une femme qui "n'appartenait pas" à un homme était en danger.

Au Moyen Âge, les garçons affirment leur virilité par le viol et particulièrement le viol collectif : les exploits de la bande lie le groupe ! Dans une sorte de guerre virile, les garçons doivent conquérir les châteaux, les villes, les filles...

La jeune fille qui subit un viol collectif est alors déshonorée et soupçonnée de l'avoir "cherché" (ce n'est pas nouveau !). Elle n'est plus épousable et sa seule issue est souvent de devenir prostituée en ville.

Le viol est "une arme de guerre" et c'est toujours d'actualité.

Au XIXème siècle, il y a très peu de poursuites, la plupart du temps la jeune fille se tait et espère ne pas être enceinte suite à ce viol... ou fait tout pour ne plus l'être...

Georges Vigarello, dans "Histoire du viol", XVIè - XXè, paru en 1998, a bien montré que les choses n'ont pas vraiment changé. "Il a toujours régné un extraordinaire silence sur le viol."

 

Silence des victimes. Honte. Peur.

Récemment, Flavie Flament, animatrice, s'est confiée dans "La consolation", à propos du viol qu'elle a subi à l'âge de 13 ans par un célèbre photographe. "Aujourd’hui, cet homme est juridiquement hors d'atteinte (en raison de la prescription). Le bourreau est inattaquable et moi je vivrai avec cela jusqu'à la fin de mes jours", dit-elle.

"C’est ma façon de conso­ler la petite fille que j’étais et de restau­rer la posi­tion de victime qui a toujours été niée, clame-t-elle fina­le­ment. Si on m’avait écou­tée, comprise, soute­nue, je n’au­rais pas eu besoin d’écrire un livre", a-t-elle confié au magazine Elle. "Avec ce livre, j’es­père libé­rer la parole. C’est ma façon d’abo­lir la pres­crip­tion."

Elle mène à présent un combat douloureux et admirable contre la prescription des viols et agressions sexuelles sur mineurs. Benjamin Castaldi, son mari pendant 5 ans, ignorait tout du viol dont avait été victime sa femme. Il lui a apporté tout son soutien et affirme éprouver "la plus grande et la plus sincère empa­thie". Elle n'avait pas pu en parler à son mari, tellement c'est difficile de dire : "j'ai été violée".

 

La culpabilisation de la victime est tellement présente et cela depuis toujours...

Non, une femme "n'appelle pas au viol", quelle que soit sa tenue, même très courte et très décolletée. Une femme qui dit "non" doit être entendue.

 

Seuls 5 % des viols font l'objet d'une plainte, toujours d'après Michelle Perrot. La notion de viol conjugal est très récente, elle a été introduite dans le droit français en 2006 seulement.

Georges Sand, au XIXème siècle, l'avait confessé sans détour : "Ma nuit de noces a été un viol." Un viol légal. Cette époque bénie pour les femmes : le plaisir féminin n'existe pas, la femme est là pour satisfaire son mari et pour procréer, un point c'est tout. 

"Réfléchir au viol conjugal, c’est réfléchir à la notion de consentement. Et c’est rappeler que le consentement, c’est quelque chose de sobre, de volontaire, permanent et non forcé. Tout le reste, c’est du viol.

Je n’en peux plus d’entendre des "Mais c’est pas un viol s’ils sont ensemble !". À chaque fois, on me balance en pleine figure que ce que mon ex a fait, c’était normal. Et je ne veux plus entendre qu’un viol, quel que soit le contexte, c’est normal.

Mon violeur ne sait pas qu’il est un violeur. Ou plutôt, je pense qu’il ne veut pas le savoir. Parce que les violeurs s’arrangent très bien avec leurs consciences : ce n’était pas un viol, juste une fille dont on est venu à bout des résistances. Mon violeur estime sans doute qu’il a agi par amour, parce qu’il confond désir personnel et amour. Parce que la société lui a enseigné que les femmes sont passives, et que leurs « non » ne sont pas des vrais « non ». "

Pour une fois, je ne vous ai pas raconté des bouts de moi. J'ai raconté, entre autres, un témoignage de viol conjugal que j'ai lu sur MadMoiZelle.com.

Sur mon blog arrivent des internautes par les moteurs de recherche : après les termes anorexie et fantasme, le terme féminisme est apparu. Tant mieux. Le féminisme représente une lutte contre les discriminations et les violences envers les femmes. Ce terme prend tout son sens aujourd'hui.