sonnette

 

     Elle sonne. Elle sonne. Mais en vain. Personne ne vient.

     Elle appuie depuis un bon moment sur le bouton rouge.

     Seule dans sa chambre.

     Personne.

     Pourtant, ça sonne bien quelque part, non ?

     Elle n'en peut plus.

     Elle aimerait tenir sur ses jambes, escalader les bas-flancs - quelle horreur, cette appellation, comme pour les vaches - et aller aux toilettes, seule. Mais elle ne peut pas. Alors elle sonne. Sur ce fichu bouton rouge.

     Elle n'en peut plus de se retenir. Elle pleure. Ses larmes inondent les draps blancs et le couvre-lit brodé. Pauvre vieille femme. Ses larmes se perdent dans les sillons de ses rides.

     Elle pleure. Et elle sonne encore.

     Elle a une protection, évidemment. Mais elle garde sa dignité et refuse de se souiller. Elle ne se fera pas dessus. Hors de question.

     Elle sonne pour qu'on la lève, qu'on l'emmène aux toilettes.

     Elle appuie encore sur ce fichu bouton rouge.

     Et elle appelle. De plus en plus fort.

     Oh hé, il y a quelqu'un pour s'occuper de moi ? J'ai besoin d'aller aux toilettes. Au-secours. Venez m'aider. Au-secours.

 

 

                  

Cimetiere

 

     Où est le respect de la dignité humaine en EHPAD ?

                En pause.

 

     Elles sont toutes en pause en même temps.

     Putain, elles abusent, les aides-soignantes, là.

     Moi je suis juste l'animatrice. Je ne suis pas payée pour les emmener aux toilettes.

     Je ne sais pas faire les bons gestes. Je vais me péter le dos.

     Je fais quoi, là ? Je fais la sourde et je continue mon petit jeu-mémoire ? Allez, qui a la bonne réponse à la question ? Vous vous rappelez la question ?

     Putain, elle hurle maintenant.

     Ses au-secours me déchirent le cœur. Plus personne ne parle.

     Désolée, je reviens, je vais voir qui appelle au-secours. Vous avez le temps de trouver la réponse, en attendant.

     Madame H., c'est moi, qu'est-ce qui vous arrive ?

     Je ne tiens plus, j'ai trop envie, ça fait 20 minutes que je sonne sur ce fichu bouton rouge !

     Je suis désolée, elles doivent être occupées... Vous pouvez patienter encore un peu ? Moi, je ne suis pas formée, pour ces gestes-là...

     Elle pleure. Non, je ne vais pas pouvoir. Je vous en prie.

     Ok, on va y arriver, Madame H. Je vous enlève les barrières. (Elles servent à quoi, à part nous emm.. ?) Accrochez-vous à moi, hein, on va éviter de tomber toutes les deux la tête dans la cuvette !

     Oh, me faites pas rire, ma vessie ne va pas résister.

     Bon, je vous installe sur les toilettes et je vous laisse. Vous sonnez pour qu'elles vous aident, après, parce que moi, je dois retourner à la salle d'animation, d'accord ? Sinon, vous criez. Vous avez vu, ça marche.

     Oh merci, je m'excuse.

     Ah non, vous n'avez pas à vous excuser, en plus. C'est moi qui vous demande pardon, à la place des filles du soin.

     Ah te voilà, Noémie, bah oui, trop tard. J'ai aidé Madame H. Tu la relèveras.

     Mais... Vous avez besoin de la prendre toutes en même temps, votre pause... ?

 

     Histoire vécue sur un lieu de stage, dont le souvenir a été ravivé par l'envoi d'un message (merci à toi, Maracudja). Heureusement que cela se passe rarement de cette façon.

     J'ai revu La fille-du-Bilan et ma conseillère Pôle Emploi qui m'ont chaleureusement félicitée. Tant de chemin parcouru depuis le jour où j'ai débarqué à pôle emploi en disant "Je divorce, j'ai pas de boulot et j'sais même quoi mettre comme poste recherché sur mon CV" ! La fille-du-Bilan a trouvé ma nouvelle tête rayonnante pour un nouveau job, elle m'a dit qu'elle était heureuse de m'avoir accompagnée dans mon parcours et que je pouvais être fière de moi. Alors je le redis et je l'écris : je suis fière de moi.