Madame R...

 

     Madame R., je ne vous oublierai pas. Vous étiez toujours en déambulation dans les couloirs de l'EHPAD. Toujours élégante, pas de chaussons mais de jolies chaussures. Toujours vêtue de rouge, parce que votre mère vous avait dégoûtée du bleu marine toute votre enfance. Toujours à éclater de rire, à dire des bêtises. Et des compliments.

     Toujours ce sourire sur votre visage qui avait pris les couleurs de la fin de vie. Cette fin a eu l'élégance d'être rapide et non douloureuse. La dernière fois où je vous ai vue, vous étiez tombée dans mes bras, prise d'un vertige qui ne vous a plus quittée. Vous disiez que j'étais aussi "grosse" que vous, alors que c'était une chance de ne pas vous avoir laissé tomber ! On en avait ri.

 

coquelicots

    

     C'est ce que je garde de vous : le rouge qui était votre couleur préférée et votre rire. Merci pour ces jolis moments passés ensemble.

 

Pomme "De là-haut"

    "Voilà qu'on pleure, autour d'une croix... qu'on jette des fleurs, qu'on parle de moi... "

 

     Vous êtes la quatrième personne à décéder depuis ma prise de poste ici. J'en parle sans larmes, je reste professionnelle. Toujours un petit mot pour la famille, lorsque je peux les voir. Je suis en empathie.

     Mais je sais que pour certains décès, j'aurai plus de mal à rester stoïque. On nous a bien dit, dans notre formation, de ne pas "mettre d'affectif". Je me suis même fait allumer lors d'une soutenance orale parce qu'on sentait, dans un de mes mémoires, que j'étais attachée à la résidente suivie. Bah oui, évidemment. Si j'étais un robot dénué de sentiments, j'aurais choisi un autre métier... Comme mes collègues. La même vision du métier.

    Madame V., Monsieur D., Madame R. et tant d'autres. Je profite de chaque instant à vous accompagner. Je profite de chaque sourire que je fais naître. Je profite de chaque petit moment de bonheur. Parce que ma vie a pris une autre dimension grâce à vous.